BONNE LECTURE !...

SOUVENIRS DE CHARLES RAVEL

Ancien Combattant
Guerre 1940-1945 / Résistant / Guerre INDOCHINE
Membre de l'UNACITA Aubagne

Le 22 juin 1940, l'armistice signé à Rethondes scelle la défaite militaire de la France et la fin de l'offensive militaire de l'Allemagne. Le gouvernement français a quitté Paris depuis le 10 juin 1940. L'exil s'achève au début du mois de juillet 1940 à Vichy.

<IMG src= troupes allemandes.jpg alt=ravelcharles/>

Notre jeunesse de l'époque profondément déboussolée, révoltée, impuissante, devant ce constat de force qui a déferlé sur notre pays, n'a qu'un désir prendre sa revanche sur l'envahisseur allemand, par tous les moyens qui lui seront donnés.

Trop jeune pour m'engager dans l'armée, je quitte mon collège la 3ème année pour entrer à l'école préparatoire de la marine nationale de Saint Madrier (Var).

Le 1er avril 1941, je signe un engagement volontaire de 5 ans.

Après examen, je suis reçu à l'école de maistrance sur le navire école La Roche Française pour suivre une première spécialité "PONT".

<IMG src= ecole de maistrance.jpg alt=ravelcharles/>

Le 27 novembre 1942, j'assiste les yeux rougis de larmes avec mes camarades au sabotage de notre flotte à Toulon.

<IMG src= croiseur la marseillaise.jpg alt=ravelcharles/>
Croiseur la Marseillaise

Sous le gouvernement du Maréchal PETAIN, après ce sabotage, l'Amiral DARLAN donne l'ordre de mettre tous les marins en congé d'armistice à titre provisoire.

<IMG src= Maréchal PETAIN.jpg alt=ravelcharles/>
Maréchal PETAIN
<IMG src= Amiral DARLAN.jpg alt=ravelcharles/>
Amiral DARLAN

En 1943, je suis rappelé à Toulon pour rejoindre le navire Hôpital SPHINX qui rapatriait les blessés allemands en provenance de Tunisie. Je ne réponds pas à cette convocation. Je suis porté déserteur.

<IMG src= navire hôpital SPHINX.jpg alt=ravelcharles/>
Navire Hôpital Sphinx

Je rejoins le maquis du Ventoux dans le Vaucluse, placé sous les ordres du Colonel BEYRE à Sault et Saint Cristal.

Nommé chef de section :

  • je participe à la récupération des parachutages effectués par les anglais
  • aux sabotages des voies ferrées entre Orange et Courthézon
  • à la traque des collaborateurs
  • aux missions diverses
<IMG src= massif du mont ventoux.jpg alt=ravelcharles/>
Le massis du Mont Ventoux

Le massif du Mont Ventoux, qui, de 1942 à 1944, servit de base à l'un des plus importants maquis de la région provençale (R²)

1 = Mont Ventoux
2 = Col des Tempêtes
3 = Tête de la Grave

4 = Chalet Reynard
5 = Col de la Frache
6 = Flassan

7 = Rocher de Cachillan
8 = Tête de Chauve
9 = Tête du gros Charne

10 = Tête du Fribouquet
11 = Cime Saint Vincent
12 = Grand Barbeirol

A la libération été 1944, je suis nommé instructeur à l'école des cadres des sous officiers de Courthézon et muté dans l'armée de terre, ou je ne tarde pas à rejoindre le corps expéditionnaire français en extrême orient.

Le 20 novembre 1945, embarquement à Marseille sur le paquebot S/S PASTEUR et départ pour l'Indochine avec à bord environ 2300 hommes (9ème DIC et 2ème DB).

<IMG src= Paquebot S/S PASTEUR.jpg alt=ravelcharles/>
Paquebot S/S Pasteur

Après un mois de traversée, entrecoupé de nombreux mouillages, nous arrivons au cap Saint Jacques ou une partie de notre compagnie (9ème DIC) a embarqué sur un petit vapeur japonais pour Saïgon.

Arrivée à destination sous une pluie battante, nous sommes logés dans un hangar, couchés à même le sol, gardés par une sentinelle japonaise, doublée par un soldat français.

Les jours suivants, nous avons pour mission de sécuriser les environs et préparer le terrain pour accueillir de nouveaux arrivants.

Fin du mois de décembre, notre compagnie est dirigée sur Phuang ou nous subissons quelques accrochages avec les viets sans trop de dommage.

Puis nous sommes dirigés vers le sud de la Cochinchine, Mitho, Can Tho, Baclieu, Loncxuen ou nous patrouillons avec les marins et le capitaine PONCHARDIER.

Les accrochages devenant plus répétitifs, au cours de l'un d'eux notre section compte 3 blessés.

1946-1947, départ pour le Tonkin, embarquement sur le Croiseur SUFFREN à cap Saint Jacques, arrivée Baie d'Along, transfert sur le navire aviso Le Triomphant via Haiphong ou nous sommes reçus à coups de canon par les troupes chinoises qui occupent encore le Tonkin. L'aviso riposte mais au cours de ce combat, nous avons à déplorer des blessés et des morts.

Débarquement et nouveau cantonnement à l'ancienne cimenterie d'Haïfon, accrochage dès le lendemain principalement au cours des patrouilles de nuits, le jour étant consacré à l'ouverture de la route en direction du centre ville.

Environ une semaine après notre positionnement à la cimenterie, nouveau départ vers le terrain d'aviation de catbi. Notre compagnie étant chargée de monter la garde (jour et nuit) autour des pistes, ceci devient vite un travail épuisant par manque de matériel et d'hommes disponibles.

1947-1948, je suis muté dans l'encadrement d'une compagnie disciplinaire, à l'intérieur d'un poste sur le canal des bourbons, ou des militaires se trouvent emprisonnés en voie de libération sous condition. Le matin patrouille pour ouverture de la route et contrôle de la digue.

Dès la première semaine de mon arrivée, le sergent, mon adjoint, est grièvement blessé, il a sauté sur une mine et a été évacué, après cela je reste seul comme chef de poste avec comme garnison un ancien parachutiste et 25 prisonniers.

Tous les soirs, nous sommes assaillis et si je suis encore là pour le raconter, c'est grâce en partie aux habitants du coin. Les paysans nous prévenaient lorsque nous allions faire l'objet d'attaques des viets

6 mois plus tard, nous ne sommes plus que 19, l'effectif est amputé de 5 blessés et 2 morts. Je suis enfin relevé, heureux de quitter ce poste pour rejoindre Campho Hine et la colonne Beauffre qui part pour Langson et Cao Bang par la route coloniale RC4, devenue route de l'enfer.

Autour de cette voie de communication, les viets en nombre supérieur, bien entraînés, bien armés par les Russes et la Chine, n'attendent que le bon moment pour frapper un grand coup en créant un maximum de pertes.

Quelques heures après ces évènements, je n'oublierai jamais :

  • la découverte d'une centaine de véhicules incendiés, détruits,
  • 300 soldats français tués et éparpillés
  • les survivants du combat tués par une balle dans la tête

Une deuxième tragédie m'a aussi touché, nous avions été avertis qu'une jeep avec un blessé se trouvait au fond d'un ravin, c'était notre commandant.

Etant disponible, avec un véhicule blindé du 1er chasseur et 3 goumiers, nous sommes partis récupérer ce dernier. Après avoir attendu la nuit, je suis descendu avec la protection d'un FM, arrivé à ses côtés, ce dernier m'a donné l'accolade.

J'ai mis plus d'une heure pour le remonter et le mettre en sécurité dans le blindé. Il avait une balle dans la cuisse et un bras cassé. Il restera un mois à l'hôpital, avant d'être rapatrié vers la France. Depuis cet événement nous sommes devenus des amis.

Vous excuserez mes trous de mémoire, pour des évènements vieux de 60 à 70 ans, mon âge n'arrangeant pas les choses !...