BONNE LECTURE !...

cONFERENCE DU 27 SEPTEMBRE 2008

Michel OLIVER
Président Régional du Sud Est
Président de la section de MARSEILLE

LES CAUSES DE CETTE GUERRE

Pour garder ce qui est appelé le culte de la mémoire, encore faut-il se souvenir du passé tel qu'il a été ; c'est ce que nous nous efforçons de faire, certes de façon modeste, mais en n'hésitant pas à le rappeler en maintes occasions, à tous ceux et celles, qui sont intéressés à la construction, aux heures heureuses ou malheureuses, que l'histoire de note pays, voire de l'Europe ont traversé.

Sachant que la mémoire des peuples retiennent plus facilement les noms des batailles victorieuses, les noms de ses chefs, parfois les enjeux, rarement les raisons, les conséquences, ou le rôle exact joué par les dirigeants, les exécutants, sans qui les différentes actions politiques, militaires n'auraient pas pu être faites.

Après l'hommage national rendu le 17 mars 2005 à Lazare PONTICELLI, dernier poilu à avoir participé à la guerre de 1914-1918, décédé le 12 mars 2008, la mémoire vive restant de ce conflit côté français s'en est allée.

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C'est à l'histoire à présent à tous les rouages de l'enseignement, de la communication, de la transmission, des collectivités, de l'Etat, à prendre le relais pour en assurer une bonne diffusion aux jeunes générations de ce que fut réellement l'ensemble d'éléments ayant provoqué, par des coïncidences malheureuses, de germes profonds, des incidents occasionnels, cette première guerre qui a marqué durablement et profondément les esprits depuis des décennies.

Localisée à son origine comme devant être la continuité d'une guerre de type européen, survivance des époques napoléoniennes, avant que par son extension la France et l'Angleterre n'entraînent derrière elles, leurs empires coloniaux d'Afrique, d'Indochine, d'Indes, d'Afrique du Sud, rejoint progressivement par d'autres pays d'Europe, de l'Océanie, puis de l'Asie et des deux Amérique (nord et sud).

Donnant ainsi pour la première fois une portée mondiale à un conflit, qui allait s'avérer être le plus sanglant de l'histoire après avoir connu la mobilisation de près de 65 millions d'hommes.

Ces conséquences, pour bon nombre de belligérants, en furent incalculables et incommensurables, en amorçant par la même le déclin de nos puissances européennes et leur prééminences dans le monde.

Balayant ainsi, en quelques semaines, les 43 années de paix et de prospérité qu'avait connu l'Europe, en se laissant entraîner au cours du XXème siècle avec les plus importantes nations d'alors, dans une guerre sans précédent par son ampleur, les armements utilisés, son extension qui eurent pour résultat d'engendre, à son issue, un nouvel ordre mondial qui faisait disparaître des empires séculaires dans les hécatombes du conflit.

Sans le recul du temps, la publication de nombreuses archives publiques, privés, dossiers, ouvrages d'historiens, chercheurs, témoignages les plus divers, il nous auraient été assez difficile d'essayer d'en analyser et comprendre les causes de ce conflit souvent très complexes et multiples, concernant l'enchevêtrement, le bouillonnement de diplomates passionnés, enfiévrés, de luttes d'influences au milieu d'un surarmement industriel prodigieux accompagné de préparatifs militaires sans précédent.

Longtemps évoqué sous le seul aspect simpliste de l'assassinat de l'Archeduc François Ferdinand et de son épouse, héritier de l'empire austro-hongrois, le 28 juin 1914, à Sarajevo, perpétré par de jeunes nationalistes serbes, suivi d'un désir de vengeance de l'Autriche qui, après avoir adressé un ultimatum à la Serbie lui déclara la guerre.

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Assassinat à Sarajévo de l'Archiduc François Ferdinand et de son épouse
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L'Autriche provoqua par le jeu des alliances, liant la Serbie et la Russie et par la même dans la chaine la France, le déclenchement d'une guerre qui embrasa une partie d'abord circonscrite à l'Europe, avant de s'étendre au monde.

Ces assassinats étaient apparus être l'oeuvre de bosniaques exaltés, donc secondaire en soi, puisque les grandes puissances n'y étaient pas directement impliquées, pas plus que la Serbie au moment de ce fait.

De nos jours, sans évidemment nier cet évènement, il n'y a pratiquement plus d'historiens ou de chercheurs qui ne soient pas d'accord pour admettre qu'en 1914, ce drame certes tragique n'aurait donc pas dû dégénérer en conflagration mondiale, malgré la multiplicité de rivalités, de contentieux, de suspicions qu'il y avait entre les plus importantes nations d'alors.

LES CAUSES

L'histoire au cours des siècles abonde d'incidents de tout ordre, qui n'ont provoqué que des conflits limités ou s'étant résorbés par les procédures des diplomaties internationales.

Bien que nombreuses, aucune elles prise isolément n'aurait pas pu déclencher une guerre impliquant autant de pays.

Essayons donc d'examiner avec les éléments en notre possession quel pouvait bien être les causes profondes en gestation de ces contentieux qui allait peser si lourdement pour qu'à partir d'une étincelle se transformer en un gigantesque incendie qui mettra le feu à tout un continent avant de s'étendre à un échelon mondial.

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Le monde en 1914

Pour cela, il faut avoir la vision de ce que représentaient les différentes nations avant le début de cette guerre 1914-1918, car au début du XXème siècle, on peut considérer de façon schématique que les puissances européennes et dans une plus faible mesure, les Etats-Unis et le Japon s'étaient employés en quelque sorte au partage du monde.

Le pourcentage en 1914 de la population européenne était de l'ordre 452 millions, dans un monde d'environ un milliard et demi d'habitants.

L'Europe dominant la planète d'après des estimations qui lui donnaient le contrôle de 90 % d'Afrique, de 97 % de l'Océanie et de 55 % l'Asie, grâce à une économie de marché qui n'existait pas.

Cette suprématie n'ayant pas empêché l'ouverture de nombreuses sources de conflits, liées principalement à des recherches de marchés nouveaux de matières premières, besoin d'investissement de capitaux, expansion démographique, car déjà la vielle Europe venait de passer comme indiqué précédemment de 300 millions en 1870 à 452 millions d'habitants en 1914.

Le statut quo du partage tacite entre nation n'étant plus qu'un vieux souvenir, depuis les années 1885-1890, avec l'appétit grandissant d'expansion territoriale, commerciale des Etats-Unis et du Japon, au détriment du vieux continent.

Car après avoir connu une période particulièrement faite de leurs économies toujours en progression, plusieurs pays d'Europe vont connaître une grande dépression qui atteindra toutes les couches de la société de 1873 à 1900.

Cette dépression ayant été causée par une surproduction industrielle et agricole, de crises financières liées à une course aux armements depuis 1895, chaque grande puissance européenne lui consacrant environ d'un à deux milliards de francs de l'époque, d'où déjà, des arrières pensées d'utiliser cet armement pour réduire si possible, après une victoire, une conquête, le budget consacré aux armées.

Aux problèmes que l'Europe connaissaient, s'était ajouté un accroissement démographique sans précédent, bien que devenu globalement à un taux de croissance des plus faibles de tous les continents.

De 1900 à 1914, 16 millions d'européens avaient émigrés à l'exception de la population allemande, qui quant à elle augmentait de 800 000 sujets annuellement, passant ainsi de 45 millions d'habitants en 1871 à 68 millions en 1914.

Cette Allemagne impériale étant devenu, bien que récent, un état en pleine ascension industrielle qui allait être un des acteurs principal de l'échiquier autour duquel serait mis fin, à pratiquement un siècle d'un concert européen qui avait reposé sur un équilibre précaire entre vieilles puissances du continent.

Devenu plus prospère qu'elle ne l'avait jamais été, l'Allemagne de l'Empereur Guillaume II, inquiète et agace ses voisins pour sa santé économique, mais aussi par des déclarations imprudentes.
La richesse du pays s'étant accrue plus rapidement encore que sa population, en triplant sa production industrielle, doublant le revenu national.

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Possédant un des meilleurs réseaux de chemin de fer au monde, devenant parallèlement la première puissance du continent en produisant en 1914 :

  • 13 millions de tonnes de fonte, devançant l'Angleterre qui en était la détentrice avec 10 millions de tonnes
  • 12 millions d'acier de tonnes pour l'Allemagne, 7 millions de tonnes et demi pour l'Angleterre
  • idem pour la houille et le potasse.

Sans omettre sa prise de position, devenu prépondérante, dans le domaine de la chimie et des sciences appliquées.

Le constat de cette progression irrésistible ne pouvant que faire des envieux et rendre susceptibles et méfiants les principaux pays concurrents détrônés, mis hors course, par cet ambitieux concurrent, insatiable, qui avaient encore en mémoire les déclarations de l'Empereur d'Allemagne, il avait formulé :

  • en 1897, son désir de se constituer une importante flotte de guerre et de construire un chemin de fer qui relierait Berlin à Bagdad ; ces objectifs tracés, seront à l'origine du futur bras de fer qui va s'engager avec l'Angleterre et la Russie, puis la France.
  • son discours en novembre 1898 à Damas où il s'était déclaré être devenu le protecteur de 300 millions de musulmans.

Après être intervenu en Chine lors de la guerre des Boxers, il n'était pas de nature à rassurer et à entraîner l'adhésion des puissances coloniales peu enclin à un partage, ou à se faire refouler par ce virulent nouveau venu, plein d'optimisme, pour faire sa place à la conquête des marchés mondiaux et qui serait coloniaux.

Mais l'Allemagne n'avait que faire des concurrents écartés à son profit, parfois en devenant insolente, fière de l'intelligence et de l'énergie, qui avait procuré à son peuple un tel accroissement, s'était persuadée d'atteindre une suprématie qui deviendrait incontestée après encore seulement quelques années de paix.

Mais cette perspective et ces arrières pensées seront faussées par un grain de sable s'immiscent dans des rouages jusqu'alors bien huilés, faisant changer de cap à l'Allemagne, lorsque son gouvernement après avoir tablé sur différentes hypothèses, dont peut être d'être entraîné à entrer en guerre rapidement, se laissa fléchir devant l'instance de l'Autriche-Hongrie et de faire tout de suite la guerre à la Serbie.

Cet accord n'avait pas été de soi puisque l'année précédente, dans des circonstances certes différentes, le gouvernement allemand s'était catégoriquement opposé à une action que l'Autriche-Hongrie voulait déjà engager contre les serbes, mais qui n'entrait pas dans ses plans.

L'empereur Guillaume II ne voulait pas encourir le risque de se trouver prématurément entraîné dans une guerre pour un règlement de conflit en Bosnie.

Mais cette fois la situation apparaissait bien différente, à cela deux raisons :

1ère :
fondée sur la possibilité de remettre de l'ordre dans les pays slaves, en prenant un risque limité, convaincu que les autres puissances européennes devant l'horreur de l'attentat commis, contre l'Archiduc François Ferdinand et son épouse loin de leurs frontières, du peu de sympathie avec les serbes, ne réagiraient pas devant le déclenchement d'une guerre localisée et de courtes durées. Tablant aussi d'après les renseignements, que la Russie, voire la France ne pourraient pas compter sur leurs armées avant deux ou trois ans.

2ème :
Par sa position l'Allemagne ne pouvait plus se permettre d'évoquer et de faire sentir sa puissance au travers des discours de son empereur et dans les différentes ambassades et de ne pas défendre un proche régime monarchique en affichant aux yeux de tous un front uni, au risque de s'aliéner son seul allié véritable qui lui permettrait en plein coeur de l'Europe de former un bloc germanique considérable pour ses visés futuristes.

Fort de l'accord tacite donné enfin par le puissant allié allemand, le gouvernement autrichien de surcroît semblant être encouragé par les réactions ambiguës de la plupart des diplomates, après avoir adressé un ultimatum inacceptable de 25 juillet 1914, ne tenant aucunement compte du fait que les serbes en avaient accepté en grande partie les conditions (sur les conseils de la Russie) leur déclarera la guerre le 28 juillet 1914.

Face à cet aboutissement et cette détermination d'en arriver à cette confrontation, il est bon de rappeler que déjà en 1912, année jugée par certains observateurs comme cruciale, bien des hommes éclairés de l'ancien monde n'excluaient plus une guerre de grandes ampleurs.

Le chef d'état major austro-hongrois VON CONRAD n'avait-il pas déclaré franchement au correspondant du Times "Voilà deux fois que j'ai préparé mes armées à la guerre contre la Serbie, par deux fois mes plans ont été déjoués à la dernière heure, par des politiciens calculateurs, sur un conflit inévitable et qui ne saurait indéfiniment être retardé, on ne peut pas désappointer éternellement l'armée".

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Sans vouloir en faire une interprétation sur les différentes appréciations qui ont eu lieu pour régler ce problème balkanique, il me semble intéressant de vous faire part d'un autre point de vue très différent de ce discours, puisque celui-ci émanait d'un personnage de plus important de l'empire austro hongroie et qui s'était prononcé contre la guerre.

C'est dans les familles du château de Buclhlau, qui était propriété du comte Léopold Berchtold, ambassadeur d'Autriche en Russie, qu'en 1957 les historiens tchèques découvriront la correspondance secrète entre l'archiduc héritier François Ferdinand (prochainement victime d'un attentat) et le comte Léopold Berchtold.

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Cette correspondance de 1908 montre que l'archiduc était catégoriquement et fermement opposé à tout recours à la guerre, pour règlement du différend avec la Bosnie Herzégovine et les serbes, qui selon lui mettrait fin à l'empire Autriche Hongrie.

Ne pouvant pas refaire l'histoire, cette découverte peut être une pièce supplémentaire à ajouter à nos connaissances sur la complexité de la défense des intérêts, des pays, antérieurs à cette guerre 1914-1918.

Cette parenthèse, qui aurait pu avoir son importance sans la disparition brutale de l'Archiduc, étant refermée : revenons-en au moment des faits.

Après la déclaration de guerre faite par l'Autriche Hongrie, du positionnement des deux blocs réunis par des traités d'alliances, certains étant secrets, d'autres mouftes fois modifiés, mais ou apparaissait en cette fin juillet 1914 l'antagonisme formé :

  • d'une part au sein de la trip-lice, de l'Autriche Hongrie, de l'Allemagne et de l'Italie,
  • d'autre part, de la France, de l'Angleterre et de la Russie (liées comme protectrice de la Serbie).
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Il est à noter que lors de la déclaration de la guerre les austro-hongrois s'étaient persuadés, que leurs alliances avec la puissante Allemagne finiraient par dissuader les russes d'intervenir pour porter secours à leurs protégés.

Le risque étant dans le cas contraire d'impliquer la France alliée de la Russie, qui dans cette éventualité pourrait prendre en tenaille l'Allemagne déjà très remontée contre cette possibilité qu'elle n'avait cesse de prévenir comme pouvant être une déclaration de guerre, bien que n'étant pas la seule comme nous le verrons un peu plus tard.

Le Kaiser, le 8 décembre 1912, voulant déjà parer à toute éventualité avait ordonné de préparer psychologiquement la population allemande en déclarant "dans le cas où nous serions impliqués dans une grande guerre européenne, le peuple doit savoir, à l'avance, les buts pour lesquels il aura à combattre pour se familiariser avec une telle guerre"

Message adressé à tous ses diplomates, d'essayer de conclure des accords militaires avec la Bulgarie, la Turquie, la Roumanie, ainsi que le Japon, terminant par ces mots "toute aide sera la bienvenue d'où qu'elle vienne".

On ne pouvait être plus clair sur ce cheminement des idées de guerre, qui jaillissaient sans qu'aucun des hommes à la tête des états ne veuillent vraiment en être reconnu comme un va t'en guerre, c'est un meurtre, dans les Balkans, qui allait être le prétexte et le prélude au déclenchement de la 1ère guerre mondiale 1914-1918.

Après que les dirigeants des différentes coalitions aient décidés de laisser jouer mécaniquement le jeu des alliances et de leurs intérêts, présents et futuristes, cela venant à la suite d'erreurs de stratégies, de suppositions, de calculs, de déclarations conçues initialement pour bluffer, intimider et qui en arrivèrent à ne provoquer que des réactions de méfiance, parfois violentes et inattendues.

Les hommes politiques ayant joué et abusé avec la diplomatie, ne firent que de la rendre hautement explosive, en étalant au grand jour et réactivant les différentes rivalités latentes qui existaient entre les puissances, n'arrêtant plus d'osciller entre la paix ou la guerre.

Sans ordre de chronologie, nous pouvons citer la méfiance des allemands convaincus que la France nourrissant la rancune de sa défaite de 1870-1871 chercherait tôt ou tard à prendre sa revanche pour récupérer l'Alsace et la Lorraine, qui avaient été rattachées au Reich depuis lors.

Cette loi étant réellement votée le 3 juillet 1913, aussitôt suivi après l'alarme de l'état major français d'un vote du parlement le 7 août 1913, qui porte la durée du service militaire à trois ans et l'effectif de l'armée à 750 000 hommes.

Cette réciprocité, basé sur l'équilibre des forces faisant dire à Guillaume II, le 5 novembre 1913, au roi Albert 1er de Belgique qu'il recevrait à Poisdam, que la loi militaire voté par la France ne pouvait que lui devenir hostile, que la guerre devenait inévitable bien qu'il ne la désirée pas, mais qui la ferait pour en finir.

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Peu de temps après, le Kaiser récidivait auprès de cette fois-ci des diplomates russes, en leur faisant observer que la concentration des chemins de fer stratégique en Pologne revêtait un caractère de provocation.

Dans cette atmosphère de méfiance, de surenchère, chacun attribue à l'autre des intentions agressives.

Dans la course aux armements, l'état major allemand s'est monopolisé sur ses conceptions de géostratégie et de géopolitique. Le général Von Moltke et dans son ombre l'autrichien Conrad veulent être prêt pour le choix du moment où de l'occasion.

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Leurs faveurs vers la géopolitique va susciter le choix d'un futur champ de bataille, non pas le monde, mais l'Europe.

Inquiétant de plus en plus la puissante Angleterre, dans cette course aux armements, surtout naval, où elle souhaitait conserver à tout prix sa supériorité, seule garantie de son empire et de ses territoires depuis des siècles.

Elle voyait depuis l'avènement au gouvernement allemand en 1897 de l'amiral Alfred Von Tirpitz, nommé secrétaire d'Etat à la marine et de Bernhard Von Bulow, nommé au secrétariat d'Etat, aux affaires étrangères.

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Une vraie volonté de construire une puissance maritime, suivant là aussi, les souhaits de l'empereur Guillaume II, qui après son accession au pouvoir en 1888, conscient que l'Allemagne devait devenir une grande puissance mondiale, avait envisagé de s'orienter vers des extensions extérieures rendues logique par la démographie, le dynamisme germanique et par le développement de son industrie.

Puissance uniquement continentale, le mot d'ordre du Kaiser avait été "notre avenir doit être sur la mer, je n'aurai de cesse de faire une marine qui ne soit comparable à notre armée et permettre à l'empire de s'élever à un nouveau degré de puissance.

Après une première loi navale que fit voter l'amiral Von Tirpitz en 1898 pour construire une petite flotte, c'est en 1900 qu'il obtint après l'ascension au poste de chancelier du Reich de Von Bulow, le doublement de crédit pour créer vraiment une importante flotte de combat. Ce qui lui fit écrire "que l'Allemagne venait, enfin, de mettre son pavillon à la hauteur de son commerce".

Fureur de l'Angleterre, maîtresse incontestée de toutes les mers du globe, qui lui garantissait la jouissance de ses possessions d'outre mer et le libre passage des richesses qui affluaient vers la métropole et qui allait devoir affronter un redoutable et ambitieux concurrent.

Déjà, grand rival dans la plupart des domaines économiques et essayant de faire sa place dans les possessions coloniales.

Devant ce défi en 1904 l'amiral Fisher nommé premier Lord Naval à l'amirauté anglaise, sous son impulsion énergique fit rappeler cent soixante navires de guerre dispersés dans l'empire et les regroupa en une force "devant être prête à tout moment à faire face à une guerre immédiate".

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Construisant en un temps record de 14 mois, le 1er navire mu par des turbines.

Doté :

  • d'une plus grande vitesse ce cuirassé prenait par surprise la plupart des experts maritimes concurrents sur le globe
  • de surcroît d'un armement principal plus lourd que ses prédécesseurs, il pouvait affronter deux adversaires à la fois.

Nouvelle escalade face à cette menace le Reichstag répondit en doublant à nouveau les crédits de la marine.

Cette volonté affichée de puissance maritime de Von Tirpitz ne pouvait que s'opposer outre manche à celle de l'amiral Fischer qui fixa ainsi sa ligne de conduite "sans trêve, sans pitié et sans remord"

La Grande Bretagne consciente de la montée en puissance des armées terrestres du Kaiser ne voulait pas entendre parler d'équilibre de forces navales, réclamé par l'Allemagne.

A chaque construction allemande ils avaient décrétés que la flotte britannique s'emploierait à rester supérieure à la conjonction des deux plus fortes nouvelles puissances mondiales du moment (la France et l'Allemagne).

En 1908, troisième loi navale allemande devant produire un nouveau bon spectaculaire à la flotte germanique, en appelant à construire quatre cuirassés de 1908 à 1912, puis encore deux jusqu'en 1917. Le point de non retour de cette escalade venait d'être atteint.

Pour l'Angleterre s'était devenu non plus un défit atteint, mais bien une future agression qui se préparait, chaque partie sans vouloir en être l'auteur s'attendait à une action brutale.

A ce sujet, je cite les paroles prophétiques, du ministre anglais Lloyd George qui avait déclaré "nos pays ont donné le signal d'une fatale rivalité qui se terminera soit par un épuisement financier, soit par un conflit"

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Si Winston Churchill à son tour nommé premier Lord de l'amirauté en octobre 1911, demanda à son état major de se préparer à une guerre devenant inévitable, devant l'importance des crédits engagés dans une course devenue folle aux armements navals et d'expliquer que la flotte allemande venait de constituer une Alsace Lorraine entre les deux pays.

Pour l'Angleterre avait-il surenchérit, la flotte est vraiment une nécessité, pour l'Allemagne un objet de luxe, elle est pour nous synonyme d'existence, donc vitale, pour elle le signe de la continuité de son désir d'expansion.

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A chaque rivet que Von Tirpitz enfonçait dans ses nouveaux bâtiments de guerre, écrira encore Churchill, il unissait l'opinion des britanniques et forgeait une coalition des nations qui devaient subjuguer l'Allemagne.

Ajoutons à ce brûlot naval, les disputes d'influences dans les Balkans de la Russie opposée aux allemands et aux turcs : les jalousies italo-autrichienne et nous aurons déjà réunit par palier un condensé d'ingrédients et de situation particulièrement lourde de conséquence, formant les ententes et pouvant faire jaillir en tout moment une confrontation armée.

Celle-ci, comme nous le savons débutera entre l'Autriche Hongrie, face à la Serbie, le 28 juillet 1914, suivi de la mobilisation générale décrétée par le Tsar Nicolas de Russie, le 30 juillet 1914, venant en aide à son protégé serbe, poussé en cela par ses généraux et son opinion publique remontée par le bellicisme flagrant affiché par l'Autriche.

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La Russie ayant été confortée dans cette décision, après avoir reçu du président du conseil Français Viviani, un télégramme lui assurant que la France, conformément à ses accords, était prête "à remplir toutes ses obligations d'alliances".

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Devant cette tournure des évènements et de cette importante mobilisation peu envisagée, l'empereur d'Autriche François Joseph 1er prit peur, avant que l'Allemagne lui conseille d'adopter une attitude énergique, seule capable de faire fléchir et reculer les russes, toujours dans la croyance que pour cette affaire, l'Angleterre resterait neutre et en cette possibilité de montrer sa force et impressionner les russes en contre balançant le poids de leur mobilisation.

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Le 31 juillet 1914 l'empereur d'Allemagne ordonna la même mesure, en l'assortissant d'un ultimatum à la Russie, lui stipulant de démobiliser dans les douze jours, faute de quoi l'Allemagne leur déclarerait la guerre ; transmettant le même ultimatum à la France, en lui demandant de se déclarer pour ou contre la neutralité.

Alors que le président Poincaré de retour de Russie venait de confirmer l'appui de la France à ce pays, évoquant par ailleurs qu'il ne craignait pas l'évocation à la guerre, car il souhaitait une revanche avec le pays occupant des territoires français.

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Le généralissime Joffre réclamant la mobilisation française, face aux menaces allemandes, qui fut décrétée le 1er août 1914, avec un point d'interrogation d'importance devant la valse d'hésitation de l'Angleterre à se ranger malgré de multiples convergences et intérêts dans l'alliance France Russie.

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Il y avait bien eu le rapprochement franco britannique de 1904 à 1907 (scellant l'entente cordiale), mais qui portait exclusivement sur la défense des colonies, un accord naval de 1913 ; mais entre les deux pays, aucun acte écrit d'assistance lors d'une éventuelle entrée en guerre.

L'Angleterre bien menacée, fidèle à sa politique du jeu de bascule avait voulu garder une nouvelle fois sur le contient les mains libres, jusqu'à ce que l'ampleur prise par la crise, les déclarations de l'Allemagne d'envahir la Belgique, la Grande Bretagne ne puisse plus rester en dehors de ce conflit, qui risquait d'asseoir la dominance irrémédiable de l'Allemagne sur l'Europe.

Pour conclure, nous pouvons dire que c'est bien le conflit austro serbe qui fut à l'origine de l'allumette qui embrasa la machine infernale ; l'immense poudrière qui s'était constituée en grandissant, d'année en année, au coeur même des nations.

Ces nations entrèrent dans cette guerre de 1914-1918, ou les hommes politiques allemands jouèrent les apprentis sorciers, en ne jouant pas un rôle de modérateur propre à leur intérêt sur le moyen terme, soufflant sur les braises au lieu d'essayer de désamorcer la crise en ayant la naïveté de croire que le conflit serait vite terminé en localisé.

Provoquant ainsi après leur ultimatums, une généralisation du conflit, qui n'allait avoir de cesse de s'étendre :

  • le 1er août l'Allemagne mobilisait et déclarait la guerre à la Russie
  • le 3 août à la France
  • le 4 août, elle envahissait la Belgique et l'Angleterre entrant en guerre à leur tour, soumettant l'Allemagne à un sévère blocus naval

A partir des ordres de mobilisations, le contrôle des évènements à échappé aux individus tout devint dicté par les plans laissés en attente des états majors généraux, réalisés en vue d'une guerre éclair traditionnelle, étaient voués à l'offensive.

Les différentes armées, aux effectifs enflés par la crainte ou pour garantir la sécurité, entraînèrent les nations dans cette première guerre mondiale, 1914-1918, par leurs propres poids.

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SES CONSEQUENCES GEOGRAPHIQUES

Après leur défaite, 3 empires séculaires furent démembrés territorialement, laissant place à un nouvel ordre mondial avec la création de nombreux états :

La Russie (occidentale), après la signature de la paix en mars 1918 avec l'Allemagne, l'Autriche Hongrie, ayant fait suite à l'armistice demandé par Lénine le 15 décembre 1917, cinq états nouveaux furent détachés de cet empire.

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Ayant pour nous, la Finlande, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne.

Sur le front d'orient, après la signature de leur capitulation du 3 novembre 1918 pour l'Autriche et du 13 novembre 1918 pour la Hongrie, l'empire Autriche Hongrie disparaîtra avec la création d'états indépendants :

  • la Transylvanie étant annexée à la Roumanie
  • l'empire Ottoman, turc dans ses anciens territoires, verra la création de l'Irak, la Syrie, le Liban, la Palestine et la Transjordanie
  • le Monténégro, nation indépendante, sera annexé à la Serbie
  • la France récupérera l'Alsace et la Lorraine
  • le Trentin, le Tyrol, Trieste, les Iles et ports dalmates à l'Italie
  • la Roumanie, la Bessarabie, la Transylvanie
  • la Grèce, la Thrace bulgare

Les colonies allemandes étant réparties entre les vainqueurs :

  • une partie du Congo, donnée aux allemands en 1911 est récupérée par la France
  • l'Afrique orientale allemande devenant une colonie britannique
  • des mandats sont attribués par la société des nations à la France pour une partie du Togo et du Cameroun, l'autre moitié à l'Angleterre
  • le Rwanda, le Burundi à la Belgique
  • la Nouvelle Guinée à l'Australie
  • les Iles du pacifique au Japon